L'école (les enjeux )

 

 

Pour Jean Macé « L’instituteur ne fait pas des élections, il fait des électeurs ».

Edgar Quinet reprend ces thèmes dans un tonique essai « L’enseignement du peuple », appelé avec humour « mon bréviaire » par Jules Ferry. Celui-ci y trouvera l’inspiration profonde des grandes lois fondant l’Ecole républicaine de 1879 à 1886.

A la même époque Ferdinand Buisson coordonne le monumental « Dictionnaire de pédagogie ».

Au tournant du siècle, le philosophe Jules Barni trouvera les mots justes pour désigner la « République enseignante », la République « institutrice du peuple ».

A la Libération, le fameux Plan Langevin-Wallon tentera de lui donner une nouvelle vigueur.

 

 

Pourtant, l’Ecole est aujourd’hui en crise.

Chacun le constate.

La « régénération » du peuple grâce à l’Ecole, ambitionnée par les hommes de la Révolution, ne fut pas un vain mot. Mais cet élan, cette volonté politique, semblent s’épuiser.

Certes un grand nombre d’enseignants restent imprégnés de Montaigne pour lequel instruire c’est « allumer un feu », « instituer » un enfant, justifiant ainsi le beau nom d’instituteur.

C’est l’esprit du Métier, celui de « l’école libératrice ». Mais on lui reproche de ne pas avoir réussi dans son entreprise de créer une « méritocratie » républicaine et même de favoriser la reproduction des inégalités sociales. De plus, la lutte contre le dualisme scolaire, instauré par le financement de l’enseignement confessionnel, a été perdue.

Le critère confessionnel est d’ailleurs passé au deuxième ou troisième rang des motivations des nouveaux « consommateurs d’écoles ». Des formes de privatisations sournoises gagnent l’enseignement public lui-même.

C’est la marchandisation de l’Ecole.

C’est un phénomène mondial.

 

L’UNESCO chiffre à 2.000 milliards de dollars le montant annuel des dépenses éducatives dans le monde, soit un vingtième du PIB planétaire. Le secteur privé capte un cinquième de ce qu’il considère comme « le marché de l’éducation ». Partout, il s’est lancé à la conquête du reste. L’Ecole républicaine souffre de la liquidation du cadre national exigée par la mondialisation économique.

Elle souffre de la négation de ses valeurs de laïcité, d’initiation à la liberté de penser, au profit du développement de la capacité des individus à « se vendre ». Elle souffre de la dévalorisation des maîtres, des savoirs généraux, en particulier de la langue française, de l’évacuation d’une authentique éducation civique.

Elle souffre du fétichisme de l’apparence, des modes, des marques, de l’apparition de la violence entre enfants, des tensions ethniques…conséquences locales de la transformation globale imposée à la société. L’Ecole républicaine échoue en partie aujourd’hui à transmettre la culture et la fraternité qui la caractérisent.

Cet idéal demeure pourtant un objectif concret pour beaucoup de citoyens. C’est lui qui donne un sens profond aux mots figurant dans les Constitutions de 1946 et 1958 :

« L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat ».

 

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Écrit par conte. Publié dans Question scolaire 

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