Conversation sous les étoiles

A.

Tu vois cette belle élève, c’était une des meilleures de ma classe de philo. Elle a été reçue au bac avec la mention très bien.

Quand elle a décidé de se voiler complètement, elle a fait un pas dans une progression spirituelle, vers une supériorité personnelle, morale, religieuse, alors que ses parents sont très pauvres et ne parlent même pas le français.

C’est comme si, par là, elle avait voulu retrouver la rigueur de l’enseignement islamique.

B.

Tu veux parler des madrasa où l’on ânonne le Coran en recevant des taloches, de ces bagnes sadiques et pédophiles ?

A.

Qui sommes-nous pour juger toute une civilisation d’une belle venue, d’une seule coulée, qui a franchi quinze siècles ou presque pour venir nous reprocher notre vide total ?

Regarde notre philosophie qui ne dit plus rien à personne, qui examine sans fin des notions que plus personne ne comprend.

Et encore heureux que nous ne puissions passer qu’une semaine sur chaque notion, à cause du programme : les élèves n’ont pas le temps de comprendre que nous non plus nous ne savons plus vraiment de quoi nous parlons.

État, Justice, Morale ?

Corruption partout, fraude fiscale, presse vendue, arrangements entre amis, recherche éperdue des derniers capitaux à emprunter, troïkas de banquiers qui se moquent des peuples ?

B.

Mais non, nous vivons dans le continent le plus riche du monde, le plus juste, le moins inégal, le moins violent, le plus sain, le plus sûr.

Bien sûr, ce ne sont que des comparaisons. D’ailleurs, les réfugiés des pays arabes et africains ne semblent pas vouloir venir ailleurs que chez nous.

A.

Mais moi, devant une jeune fille qui se voile, je n’ai rien à lui opposer. La philosophie ne m’a pas donné la moindre spiritualité pour le faire.

Mes études m’ont appris l’objectivité, la rigueur, la précision, le goût de l’investigation, de la discussion d’idées, mais rien face au choix d’une adolescente intelligente et courageuse, qui sait que notre société ne lui fera pas de cadeaux.

B.

Des cadeaux, elle en recevrait peut-être quelques-uns en s’intégrant, en poursuivant ses études, en renonçant au voile, en s’assimilant ?

Tout ce qui va lui arriver, c’est qu’on va la renvoyer au bled épouser son cousin, et encore une chance si elle n’est pas excisée au passage.

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A.

Mais si tu avais vu comme elle était fière, en sortant du lycée, de remettre son voile, et de partir au bras de son frère.

B.

Un frère qui, encouragé par sa soumission, va la poignarder ou la vitrioler au moindre soupçon ? S’il ne l’emporte pas avec lui en Syrie pour le djihad sexuel.

A.

Mais, il ne s’agit que quelques extrémistes, on ne peut pas réduire une grande religion mondiale à quelques débordements criminels, certes, mais limités.

B.

Il ne s’agit pas de religion avec les islamistes, une religion apporte d’abord de l’amour, pour Dieu, mais surtout pour ses créatures, nos frères humains.

Pas de religion sans immense tendresse pour tous les hommes, jusqu’aux pires pécheurs, eux aussi des créatures malheureuses et dévoyées. François d’Assise a sauvé le christianisme.

A.

Mais l’Islam n’est pas une religion de l’amour !

B.

Non, pas du tout, même s’il est vrai qu’il faut aller le chercher dans tout ce que le wahhabisme déteste et proscrit : mystique, poésie, soufisme, sagesse populaire, maraboutisme africain.

Les mille eu une nuits, interdites partout dans le monde arabe, sont toujours aux limites du merveilleux et pleines d’amour.

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A.

La jeunesse rendra peut-être sa grâce à l’Islam.

B.

On n’en voit pas le chemin : décapitations, lapidations, noyades, précipitations des toits, etc. Sans parler du vandalisme, de la destruction des bibliothèques et des musées par les volontaires issus par milliers de nos quartiers, et… de nos écoles !

A.

Si ce n’est pas de la religion, qu’est-ce que c’est ?

B.

Il m’est venu une idée qui ne nous fera pas plaisir : c’est un mouvement de mode juvénile. Cette logique de la provocation et de la surenchère me semble bien obéir à la logique du conflit des générations plutôt qu’à celle du clash des civilisations.

Comme l’a dit notre Président, pour une fois bien inspiré : « Ce sont les ennemis de toutes les civilisations ».

A.

Je ne peux pas reconnaître ma douce et folâtre jeunesse dans l’islamisme.

B.

Après tout, les punks, les hippies, les rockers n’étaient pas non plus des tendres ! Tous les mouvements de mode ont comporté un noyau noir de délinquance et même de meurtre.

Je sais que ce n’est pas agréable comme idée : notre romantisme refoulé nous porte au secours de tous les vaincus, mais l’islamisme n’est pas encore vaincu, et après tout le romantisme était peut-être le premier mouvement de mode.

A.

N’empêche que, par le voile, elle rejoint ses ancêtres ?

B.

Pas du tout, elle rejoint sa génération et s’achète le droit de nous mépriser mieux :

« Comme du fumier regarder tout le monde ».

Ah Tartuffe : le discours de l’exempt, à la fin de la pièce, peut paraître une facilité de l’auteur, mais c’est surtout un programme de politique religieuse à l’usage des États modernes :

ne vous occupez pas des croyances, mais bien des dérapages financiers et sexuels qui vous permettront de juger et de condamner toutes les sectes et les sectaires.

A.

Tu veux dire que mon élève si fière et si belle n’est qu’une hypocrite ?

B.

La mauvaise foi est là bien sûr, mais je peux discerner un autre motif, plus inconscient : de même que la boulimie se renverse en anorexie, l’exhibitionnisme de l’adolescente peut se renverser en pudibonderie.

Sous le voile, après tout, on est beaucoup regardé !

 

Montauroux (Var), 17 juillet 2015.

(C.C)

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