les lois anti laïcité (2)

La trahison de 1984

Quel est le laïque qui ne s’est pas senti déçu, désappointé en 1981 en constatant que le gouvernement Mitterrand-Mauroy n’abroge pas les lois anti-laïques, préférant tergiverser puis capituler devant l’opposition des cléricaux.

Ils sont nombreux pourtant à se mobiliser à l’appel du Comité national d’action laïque pour un grand service public et laïque d’enseignement.

Le projet Savary qui est déjà pourtant un premier recul républicain est abandonné. Les cléricaux descendent dans la rue, les laïques aussi mais seuls les premiers sont écoutés et entendus !

Ce projet Savary maintenant le dualisme scolaire et demandant l’abandon du caractère propre des établissements privés, ce n’est pas une concession suffisante pour les cléricaux.

Ils veulent tout, ils auront tout !

Eux seront déterminés, ils mettront 1 million de personnes dans les rues, à Versailles (quel symbole), avec d’énormes moyens, et donneront à la droite, longtemps groggy après le 10 mai 1981, l’occasion de relever la tête.

Ils sauront, avec le mot " école libre " dévoyer le mot liberté, comme plus tard les libéraux le feront avec le mot

" libéralisme ".

Toutes les lois anti laïques sont maintenues par un gouvernement qui détient tous les leviers institutionnels, le sénat ne pouvant que freiner un processus qui aurait pu être irréversible.

Pour les laïques, dont les directions multiplieront les tergiversations, c’est une trahison et une violation du serment de Vincennes !

Après le recul de 1984, la capitulation de 1992

Le recul de 1984 ne suffit pas, la droite cléricale en demande plus et la " gauche " a montré qu’elle était prête aux concessions, voire à capituler. Les accords Lang-Cloupet signés entre avril 1992 et mars 1993 entre le ministre " laïque et républicain " Jack Lang (qui se distinguera par la suite en autorisant les adventistes du septième jour à ne pas aller en cours le samedi matin, sans oublier sa volonté d’intégrer les écoles Diwan dans le service public)

et le " père " Max Cloupet, secrétaire général de l’enseignement catholique prétendent régler le contentieux financier entre l’école catholique et l’Etat et instaurent la parité public-privé pour les personnels.

Il s’agit ni plus ni moins que " du droit et de la reconnaissance de la contribution de l’enseignement privé au système éducatif " !?

Le " père " Cloupet annonce qu’" il n’y a plus de problème entre l’enseignement catholique et le gouvernement " Peut être, mais là le contentieux est énorme entre la gauche institutionnelle et les militants laïques.

1994, un dernier sursaut, mais une occasion gâchée

Le dernier sursaut laïque a lieu ce 16 janvier 1994 quand un million de personnes, à la grande surprise des organisateurs, défile dans Paris pour le retrait du projet gouvernemental visant à libéraliser totalement le taux de financement à l’investissement pouvant être attribué par les collectivités territoriales aux établissements privés (loi Falloux).

300.000 Bretons ouvriront le cortège de longues heures, et des manifestants, présents depuis le matin, ne commenceront à marcher qu’à 18 heures !

Le projet gouvernemental est retiré. Alors que les militants et les militantes laïques sont prêts à poursuivre le combat pour remettre en cause l’arsenal réactionnaire mis en place par les gouvernements successifs et que le rapport de force commence à leur être favorable, les grandes organisations comme la Fsu, l’Unsa ou la Fcpe restent l’arme au pied et même remisé dans un placard !

Un million de personnes dans la rue, et on se contente de faire retirer un projet réactionnaires, sans contre-attaquer !

Une gauche profondément divisée sur le voile

L’année 2003-2004 verra, à travers le débat pour une loi contre les signes religieux à l’école (essentiellement autour du voile) le camp laïque, mais aussi toute la gauche et ses organisations, se déchirer en deux, de manière parfois fort passionnée.

Pendant ce temps là, le Vatican essaiera vainement de faire intégrer Dieu dans la constitution européenne.

Mais il obtiendra d’autres compensations qui sont porteuses, si elles étaient appliquées, de la fin de la laïcité française, sauf si les masses, qui font l’histoire, en décident autrement, et qu’au contraire se dessine un combat pour la laïcité en Europe.

L’Europe des régions d’autre part pourrait permettre, pour le Vatican, la multiplication de concordats de type Alsace-Moselle, pour financer les religions dans des régions sympathisantes.

Nicolas Sarkozy, en annonçant sa volonté de réformer la loi de 1905, et de financer toutes les religions, dont l’islam, a été le premier homme politique à oser dire sa volonté d’en finir avec la loi de 1905.

Raison de plus pour les laïques pour mener une autre bataille, celle du renforcement de la loi de 1905, de l’abrogation de toutes les lois anti-laïques, et de montrer, dans toute l’Europe, que la laïcité est une valeur en devenir.

Jean-François Chalot et Pierre Cassen

explication du texte

Loi 1905 laicite emonsite

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

×