article 4 loi du 9 décembre 1905

 À la mi-mars 1906, Briand accepta l’offre d’entrer au gouvernement pour s’occuper de l’application de la loi, comme ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes. Rouvier lui avait proposé ce portefeuille l’année précédente, mais Jaurès avait demandé à son ami de renoncer au pouvoir.


Cette fois-ci, Briand, qui n’était pas membre de la SFIO, donc libre désormais vis-à-vis de l’interdit socialiste, donna une réponse favorable à Ferdinand Sarrien, le nouveau président du Conseil.

Il tenait à appliquer « sa » loi.


Son collègue Joseph Paul-Boncour l’avait encouragé en ce sens,soulignant qu’il serait le seul à pouvoir faire appliquer une loi que « lui seul » avait pu faire voter. Avec Clemenceau, ministre de l’Intérieur, Briand fit suspendre les Inventaires. Comme le titulaire de la place Beauvau l’avait dit au sénateur Gaudin de Vilaine, « la question de savoir s’il fallait ou non compter un chandelier dans une Église ne valait pas une vie humaine ».

La loi serait donc appliquée avec « une fermeté inflexible ».

Briand ajoutait qu’il n’avait, « en aucune manière l’intention de transformer une loi de liberté en un instrument de persécution et d’oppression, […]pour que la continuité du culte soit assurée »


La suspension des Inventaires accomplie, il fallait résoudre le problème de la dévolution. Le ministre des Cultes crut trouver la solution en appliquant la stratégie qui fut la sienne durant les débats parlementaires de 1905. Il tenta d’élaborer un compromis avec l’aile modérée de l’épiscopat, « le juste milieu, une manière d’orléanisme catholique, le centre droit […] du catholicisme français ».

Il pensait effectivement que « dans le secret de leur cœur, la plupart des évêques ont jugé sévèrement l’attitude du Saint-Siège et blâmé les décisions pontificales ». Il ajoutait que « la plupart, je puis dire tous, malgré les paroles et les écrits ambigus de certains,ont ardemment souhaité un accord, directement ou indirectement conclu, qui permettrait une application légale de la loi ».

Ce fut un échec.


Le Pape, qui souhaitait officieusement que le Saint-Siège fût reconnu par la France, cassa toutes les tentatives gallicanes du clergé français allant dans le sens d’une résolution de la dévolution. En août, par une nouvelle encyclique, Gravissimo Officii, il condamna les associations cultuelles et mit le gouvernement dans une situation « inextricable ».

C’est à ce moment-là que Briand, quelques années plus tard, avoua avoir compris « le génie »du pape.

Puisque la dévolution était bloquée, il appartenait au gouvernement de réorienter ses objectifs pour que l’exercice public du culte pût fonctionner sans cette dernière.

Il fallait d’abord en assurer le fondement, puis le fonctionnement, avant d’espérer apporter une solution à la dévolution.

C’était tout le sens de la troisième voie briandiste.

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