Jean Macé

Jean Macé (1815-1994) 

Son nom était connu, populaire, quand en 1866 il lança un appel dans le pays pour la constitution d'une Ligue de l'enseignement.

L'exemple lui venait de Belgique, où une organisation semblable avait été créée au commencement de 1865. Ce n'était, au surplus, que la mise en oeuvre, étendue à la France entière, d'une pensée que Jean Macé avait appliquée dès 1863 en créant la Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin.

« Une coalition, disait-il, organisée dans tous nos départements, entre tous les hommes de bonne volonté qui ne demandent qu'à travailler à l'enseignement du peuple, sans plus, cette coalition ne serait pas de trop pour ce que nous avons à faire. Pourquoi, puisqu'on parle de remanier notre système militaire, pourquoi, à coté de l'armée régulière, ne chercherions-nous pas à organiser aussi la landwehr de l'enseignement? »

Cet appel paraissait dans l'Opinion nationale du 25 octobre. Le 15 novembre, Jean Macé lançait un second manifeste et concluait ainsi:

« Je fais appel à tous ceux qui conçoivent la Ligue future comme un terrain neutre, politiquement et religieusement parlant, et qui placent assez haut la question de l'enseignement populaire, dans le sens strict du mot, pour accepter de la servir toute seule sur ce terrain-là, abstraction faite du reste. Ce ne serait pas la peine d'essayer, si l'on voulait autre chose. On ne vivrait pas, en supposant qu'on pût parvenir à naître. »

Tout l'esprit pratique que Jean Macé devait apporter dans sa propagande, trente années durant, s'affirmait ainsi.

Six mois après, Jean Macé avait réuni plus de quatre mille adhésions. La Ligue de l'enseignement était fondée.

Jean mace

En 1879, Jules Ferry est ministre de l'instruction publique et dépose le projet de loi dans lequel se trouve le fameux article 7 qui interdit l'enseignement aux membres des congrégations non autorisées. Jean Macé adresse à Jules Ferry les félicitations de la Ligue :

« Ne vous laissez pas arrêter, ' monsieur le ministre, par les réclamations intéressées d'un parti qui n'invoque la liberté que pour édifier la servitude ». 

Enfin, successivement, sont votées en 1881 et 1882 les lois qui établissent d'abord la gratuité, puis l'obligation de l'enseignement primaire et sa laïcité dans les écoles publiques. C'est le triomphe de la propagande et des idées de Jean Macé. Le 14 avril 1882, dans un discours prononcé au 2° congrès de la Ligue de l'enseignement à Reims, il pouvait revendiquer fièrement pour lui, pour ses amis, au premier rang desquels il nommait Emmanuel Vauchez, pour la Ligue, une large part du succès :

« Cette loi que l'on attaque avec la rage du désespoir, il nous appartient tout particulièrement de la défendre : c'est un peu une loi à nous. Si l'opinion publique a fini par être la plus forte, une part en revient assurément à ceux qui l'ont stimulée, harcelée, fouettée, passez-moi le mot, jusqu'au jour de la victoire. »

Et il rendait hommage à Jules Ferry « qui a eu l'honneur de mener en haut la campagne que nous avons menée en bas, et dont les titres à la reconnaissance publique sont trop éclatants pour qu'on puisse les passer ici sous silence, au lendemain du triomphe qu'il vient d'obtenir ».

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Le 21 avril 1881, ce premier congrès de la Ligue tenait sa séance de clôture au Trocadero, sous la présidence de Gambetta, et Jean Macé marquait ainsi une fois de plus le caractère de l'oeuvre qu'il avait fondée:

« Pour ceux qui veulent la République, la vraie, celle de la liberté, il est bien évident que notre peuple n'en sait pas assez, et que le premier besoin de ce pays est d'être couvert de sociétés d'instruction.

« Pour ceux qui rêvent le retour en arrière, notre peuple en sait trop, ce n'est que trop clair maintenant, et ce qu'il y aurait à faire ici, si c'était possible, ce serait des sociétés de désinstruction.

« C'est impossible, malheureusement pour eux, mais je savais de reste, en commençant, que nous ne les aurions jamais. Nous n'avons donc perdu personne dans la Ligue en nous proclamant républicains ; mais cette neutralité politique, notre loi du commencement, le reste encore aujourd'hui, et je viens de vous en donner la vraie formule : nous avons à faire des électeurs et non pas des élections.

« Quand on a pris position dans la politique suprême, fondamentale, on échappe facilement au besoin de descendre dans la politique de détail, dans les luttes intestines entre ceux qui veulent la même chose, et qui ne s'entendent pas sur le meilleur moyen d'y arriver.

« Notre chemin à tous, gens de la Ligue, est forcément le même : faire penser ceux qui ne pensent pas ; faire agir ceux qui n'agissent pas ; faire des hommes et des citoyens. »

 

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